« Air Austral reste le leader sur l’axe Métropole – Réunion »

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La compagnie réunionnaise, Air Austral, va bien et elle tient à le faire savoir. Mieux, elle se veut conquérante avec des ambitions clairement déclarées. Après 2 années difficiles et des pertes de plus de 80 millions d’euros sur le dernier exercice, le nouveau directeur Marie-Joseph MALÉ arrivé début du deuxième trimestre 2012, a repris les rênes et restructurer financièrement la compagnie. Un retour rapide à l’équilibre est annoncé déjà pour ce prochain exercice.

Il faut dire que cet ingénieur civil des Ponts et Chaussées, fin stratège, ancien haut dirigeant au sein d’Air France notamment, et ayant parcouru le monde, connaît bien la région. Né au Cameroun, il a grandi à Madagascar avant de poser ses valises à La Réunion. Pour lui, développer Air Austral sur l’Océan Indien pour en faire le leader est une évidence, avec, à notre avis, un regard aussi intéressé sur l’Afrique de l’Ouest.

Toujours disponible et abordable, il nous explique la stratégie d’Air Austral.

Air Austral sort d’une crise. Quelle est la situation de la compagnie aujourd’hui ?

Nous sommes sortis de la phase aigüe de la crise il y a déjà quelques mois de cela. Nous sommes cependant toujours en convalescence.
L’année 2012-2013 a été une année de transition, durant laquelle nous avons pu mettre en place et à exécution, le business plan tel qu’il avait été prévu au niveau du programme des vols, du plan d’économie ainsi qu’au niveau de l’ajustement des effectifs. Nous avons également mis en place une restructuration financière.

Nous avons obtenu cette année une amélioration significative de nos résultats et divisé par deux l’ensemble de nos pertes. Nous avions prévu un retour à l’équilibre sur cette année. A ce jour, après 6 mois d’exploitation, je peux confirmer que nous sommes bien sur le plan de marche et que nous maintenons la perspective d’un retour à l’équilibre sur cet exercice.

Air Austral a-t-elle actuellement une stratégie de progression sur la zone de l’Océan Indien ou souhaitez-vous vous concentrer sur le marché français ?

Dans notre business plan, nous avions un certain nombre d’axes stratégiques : maintenir notre leadership sur l’axe métropole. Ce que nous faisons à l’heure d’aujourd’hui. Nous avons certes perdu un peu en parts de marché car nous avons réduit l’offre mais nous demeurons les leaders. (ndrl. Air Austral 40% part de marché, Air France 37% et Corsair 21%).

Notre deuxième axe qui allait de pair, était de consolider en développant notre leadership sur l’Océan indien. Nous avions déjà augmenté globalement notre programme de vol sur cette zone et nous continuons aujourd’hui à maintenant ce programme parce que nous n’avons pas vraiment les capacités pour nous développer.

Clairement,  notre objectif est toujours de nous développer sur l’Océan Indien.

Justement, il y a aussi la «petite sœur d’Air Austral » qui va sortir de terre et inaugurer son premier vol, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette compagnie ?

Dans le cadre de la consolidation de notre leadership, nous avons souhaité trouver une solution qui soit structurellement plus solide pour la desserte régionale au départ de Mayotte et qui serait en résonnance avec notre programme d’Air Austral.
Nous avons donc créer une filiale où nous serions majoritaires (52 %) mais en association avec des investisseurs mahorais, des investisseurs privés (Ylang Invest) mais aussi avec la Chambre de Commerce et d’Industrie qui globalement font partie du tour de table de cette compagnie qu’on a nommée Ewa Air (Ewa veut dire Oui en shimaorais).Cette compagnie a vocation à desservir le régional (Madagascar, les Comores) et à désenclaver en ouvrant le Mozambique avec la désserte de Pemba ainsi que la Tanzanie et la desserte de Daresala.

Ce programme de vols pourra se développer. Il y a une structure qui sera en propre avec du PNC (personnel navigant commercial), 19 emplois qui devraient être créés sur le territoire mahorais avec un certain nombre d’emplois locaux.

Cette compagnie devrait démarrer ses opérations à l’hiver IATA c’est-à-dire fin octobre/ début novembre. Nous allons caler la date définitive dans les jours qui viennent. Les vols de cette compagnie pour beaucoup d’entre eux, seront en correspondance avec les vols entre La Réunion et Dzaoudzi.

Ewa desservira-t-elle Mayotte vers l’Europe ?

Chaque chose en son temps. Il faut commencer à créer cette compagnie qui pour le moment à une vocation régionale. L’idée, c’est de la mettre en correspondance avec le programme d’Air Austral.

Le monde du transport  aérien est un monde extrêmement évolutif, donc on verra au fil des années comment cette compagnie va évoluer.

Actuellement les compagnies aériennes se regroupent, font du code share, du joint-venture. Quelle est la stratégie d’Air Austral dans ce domaine ? Avez-vous une compagnie partenaire ?L’un des axes du plan stratégique, au-delà de la consolidation du leadership sur l’Europe, la métropole et de la consolidation sur l’Océan Indien, s’était de développer des partenariats. Nous considérons donc que dans ce monde qui est de plus en plus globalisé, ouvert, et où les échanges se font vers toutes les destinations, nous ne pouvons pas nous développer en propre, nous n’en avons pas les moyens. Nous l’avons d’ailleurs vécu difficilement et douloureusement dans notre histoire.

Nous rechercherons donc systématiquement des partenariats commerciaux qui nous permettront de desservir des points nouveaux ou de les consolider. Pour exemple, lorsque nous avons suspendu la desserte Australie qui était économiquement, extrêmement déficitaire, nous avons effectivement signé un partenariat, un code-share avec Air Mauritius pour maintenant la desserte et le code. Aujourd’hui, si vous allez à Maurice, vous verrez le code UU sur le vol Maurice- Perth.

Il en va de même sur Tananarive où avec Air Madagascar nous avons convenu que c’est en mettant des codes-share que nous pourrons mieux répondre à la clientèle mais aussi mieux traverser une phase difficile. Idem sur les Seychelles où nous avons recherché un partenariat avec eux.

On a une position de principe qui est, non pas de vivre replié sur nous-même et de nous développer en moyens propres, mais de rechercher des partenariats qui nous permettront de trouver des solutions mutuellement satisfaisantes pour nous-même et évidemment la compagnie avec laquelle nous souhaitons coopérer.

Les îles Vanille prennent un envol important en ce moment, avec notamment une reconnaissance de l’OMT. Air Austral est-elle la compagnie des Iles Vanilles?

Je ne suis pas sûr qu’il n’y aura qu’une seule compagnie pour les Iles Vanille. J’ai entendu dire que d’autres compagnies le sont déjà.  Quelque part, la volonté, c’est de créer un concept et d’avoir une plus grande visibilité à travers le monde. Il faut travailler sur une politique concertée. Il nous faut donc, tous, faire partie des Iles Vanille et ne pas avoir une compagnie préférée des Iles Vanille.

Nous participons, bien entendu, au développement et nous allons accompagner le développement de ce concept. C’est dans notre intérêt de le faire. Si l’Océan Indien peut être vendu à l’étranger, cela ne peut être que bénéfique pour Air Austral, pour La Réunion et pour effectivement les autres îles, pays et compagnies de l’Océan Indien. Nous sommes donc prêts à accompagner, nous avons participé quasiment à toutes les réunions auxquelles nous avons été conviées et nous continuerons d’apporter notre pierre à l’édifice.

Les Maldives intègrent aussi les Iles Vanille, il n’y a pas de vol Réunion – Maldives ou encore Maurice – Maldives, est-ce une prochaine destination pour Air Austral ?

A ce jour, nous avons fait le plein. Nous n’avons pas vraiment d’appareils pour nous permettre de nous développer. Lorsque nous aurons retrouvé notre équilibre et le jour où notre flotte nous le permettra, nous nous poserons la question de savoir quelle est la destination qui présente le plus d’intérêt et sur laquelle nous souhaitons nous positionner afin de développer notre base de trafic, mais tout en étant rentable.